L’emballage carton s’inspire de la tech pour concurrencer le plastique

Publié sur L’usine Nouvelle 26 septembre 2019

A Paris, pendant trois jours, une chaîne d’acteurs – de la grande distribution à la start-up – était réunie par la société (Re)Set pour mettre l’innovation au service de la réduction de plastiques à usage unique dans les emballages. Leur credo: innover ensemble, vite et à tout-va, comme dans les grands groupes de la technologie.

A la Cartonnerie (Paris 11e), les participants du programme (RE)SET Retail ont consacré trois jours à définir les spécifications de 25 pilotes d'emballages destinés à remplacer le plastique.

Pendant trois jours, une vingtaine d’entreprises ont mis en commun leurs innovations pour proposer une alternative aux emballages plastiques issus de la pétrochimie.

Face au plastique à base de pétrole, le papier et le carton des forêts ont des arguments environnementaux indéniables. Deux distributeurs (Carrefour et Système U), un recycleur (Veolia) et des producteurs industriels réfléchissent aux solutions de substitution d’une partie des emballages en résines pétrochimiques. Objectif : améliorer, dans les deux ans, la fin de vie des produits vendus sous marque de distributeurs (MDD). Parmi les emballages concernés, on retrouve entre autres ceux utilisés pour l’emmental, le jambon, les pots de yaourt, les produits bio…

Avantage concurrentiel

L’éco-conception est un enjeu croissant pour les distributeurs, qui ont signé le pacte national sur les emballages plastiques en février. Ils ont jusqu’à 2025 pour rendre leurs emballages réutilisables, recyclables ou compostables à 100%. C’est aussi une opportunité de se démarquer des concurrents, et d’Amazon en particulier. Quant à Veolia, cette réflexion lui permet de préparer ses futurs investissements, car les matériaux collectés demain seront différents de ceux d’aujourd’hui.

Seule solution: combiner les solutions

A leurs côtés, une vingtaine de champions de l’innovation est venue d’Europe, des Etats-Unis, d’Israël pour présenter des alternatives aux emballages pétrochimiques. Qu’ils soient des start-up, des PME, des laboratoire de recherche ou qu’ils appartiennent à des grands groupes. Si aucun ne prétend détenir la solution, chacun en détient potentiellement une partie : un process, un matériau, une technique, un produit… Ces alternatives ont été sélectionnées entre juin et juillet par (Re)Set, jeune société de conseil stratégique et opérationnel, spécialiste de l’open innovation, qui intervient sur les enjeux environnementaux.

Du google dans l’agroalimentaire

En mobilisant ces acteurs pendant trois jours, (Re)Set veut « appliquer au monde industriel la méthodologie qui fait le succès des entreprises des nouvelles technologies », explique Frank Gana, co-fondateur de l’entreprise. « Il faut décloisonner, communiquer, partager… et aller vite ». A l’instar de ce qui se passe chez Google, Facebook, Uber… ce « boot camp » doit livrer des résultats concrets dans les quatre prochains mois. Un temps très court, alors qu’il faut généralement deux ans pour obtenir un premier livrable. Selon
Géraldine Poivert, cofondatrice de (Re)Set et ancienne directrice adjointe de l’écoorganisme Citeo (elle dirigeait EcoFolio avant sa fusion avec Eco-Emballages), « il faut défaire les noeuds au sein des entreprises ».

Coating sans plastique

Au final, la solution sera un agrégat de toutes les briques présentées. Sera-t-elle industrialisable ? Commercialement viable ? Il faudra attendre pour le savoir. Une chose est cependant certaine, en travaillant ensemble, toute la chaîne de valeur se donne les moyens de trouver une alternative au plastique. Parmi les 24 entreprises, dont les noms sont confidentiels jusqu’à la présentation du pilote en novembre, plusieurs misent sur le développement de solutions de « coating ». Ces traitements de surface à effet barrière utilisés dans l’ensemble des emballages cartonnés, des pots de glace aux gobelets et boîtes de fast-food en passant par les briques de boissons sont aujourd’hui principalement constitués de résines pétrochimiques. Ils protègent les produits de l’oxygène, des graisses, des vapeurs d’eau… mais sont issus de matières fossiles et mal recyclées. Or c’est aux deux bouts de la chaîne qu’il faut agir.

Carapaces de crustacé et graphène, futur de l’emballage ?

Les entreprises présentes au « bootcamp » sont nombreuses à proposer des alternatives sans pétrole. Mais aucune ne se contente de substituer un plastique pétrosourcé par son équivalent biosourcé. L’une d’entre elles a mis au point un gel à base de microfibrilles de cellulose et un process unique pour remplacer l’Evoh, une résine plastique utilisée pour protéger de l’oxygène et de l’humidité.

Le graphène est aussi présenté comme une alternative. Coûteux, ce matériau qui possède d’excellentes propriétés barrière à l’oxygène et à l’eau pourrait se démocratiser grâce à un process d’application permettant d’utiliser de quelques grammes à 100 grammes au maximum par mètre carré.

Outre ces nouvelles résines destinées à améliorer les fonctions des emballages papier ou carton tout en en respectant l’environnement, le chitosan, un matériau issu des carapaces de crustacés, d’insectes ou encore de champignons, pourrait bien concurrencer le plastique grâce à des propriétés anti-microbiennes et à un process de production peu énergivore qui permet d’en réduire drastiquement le coût de production. Au point de le rendre compétitif avec le plastique.

Voir l’article