25 pilotes pour une nouvelle génération d’emballages post-plastique

Publié sur L’usine Nouvelle 12 novembre 2019

Après son bootcamp fin septembre, la société (RE)SET a réuni pour la seconde fois distributeurs, industriels et sociétés innovantes. Pendant trois jours, les acteurs ont imaginé, ensemble, des solutions pour remplacer le plastique dans une dizaine d’emballages. 25 pilotes verront le jour d’ici quelques mois, avec l’industrialisation en ligne de mire.

A la Cartonnerie (Paris 11e), les participants du programme (RE)SET Retail ont consacré trois jours à définir les spécifications de 25 pilotes d'emballages destinés à remplacer le plastique.

A la Cartonnerie (Paris 11e), les participants du programme (RE)SET Retail ont consacré trois jours à définir les spécifications de 25 pilotes d’emballages destinés à remplacer le plastique.

« C’est inespéré, 25 packagings alternatifs vont être testés », se réjouit Géraldine Poivert, co-fondatrice de (RE)SET, spécialiste de l’économie circulaire et organisatrice de l’événement. Autour des tables, les discussions vont bon train. Depuis deux jours, les représentants des enseignes Carrefour et System U – principaux sponsors de l’événement -, des fournisseurs de produits de marques de distributeurs (MDD) et des sociétés innovantes venues du monde entier définissent les spécifications de leurs futurs pilotes. Le nouveau matériau passera-t-il sur la machine ? La cadence pourra-t-elle être respectée ? Les propriétés barrières seront-elles assurées ?… Les questions sont nombreuses. Et toutes les réponses ne sont pas encore connues.

Bousculer le consommateur (mais pas trop)

Il y a un mois, la plupart de ces acteurs se rencontraient pour la première fois. Leur dénominateur commun ? Vouloir substituer le plastique des emballages par des matériaux non pétrochimiques. Une dizaine de produits de grande consommation sont ciblés : lait, salade, yaourt, biscuits salés et sucrés, pâte à tarte, compote… « Mettre des produits dans du plastique est de plus en plus antinomique avec les attentes du consommateur », reconnaît Marc Gunther, directeur MDD de Système U. Son enseigne et Carrefour représentent à eux deux environ 30% des ventes en France. Un poids suffisant pour engager le changement. « Le consommateur ne pardonne plus ». Est-il prêt à tout accepter pour autant ? A changer son mode et ses habitudes de consommation? Les participants au programme d’innovation initié par (RE)SET le sauront bientôt.

Une combinaison de solutions

Le programme, qui s’inspire des méthodes en vigueur dans le monde de la tech, joue le rôle d’accélérateur. « En trois jours, on a fait autant qu’en un an », assure Ségolène Blanche, responsable RSE de Cerelia, qui produit notamment des pâtes à tarte, à pizza, des crêpes, et fournit l’ensemble des marques de la grande distribution. En participant à (RE)SET retail, l’entreprise a puisé dans les solutions proposée par des innovateurs qu’elle n’aurait peut-être jamais connus. « Un matériau, un revêtement, une machine, chacune des sociétés possède une partie de la réponse, assure Géraldine Poivert. Libre ensuite aux industriels d’assembler les briques technologiques pour atteindre leur objectif ».
Ces pilotes sont couverts par le secret industriel, et leurs détails ne peuvent pas être dévoilés. L’Usine Nouvelle a néanmoins eu accès à un certain nombre de pistes de recherche jugées suffisamment encourageantes par les metteurs en marché pour développer des pilotes.

Vers des films moins transparents

Avec trois pilotes, Cerelia espère bien remplacer les films en polypropylène et multicouches de ses pâtes à tarte. L’enjeu est important: ces produits réalisent ses plus grosses ventes. Pour y parvenir, les équipes de l’industriel ont retenu une combinaison de solutions qui rassemble un producteur de papier et deux fournisseurs de « coating », le revêtement qui confère à ce papier ses propriétés barrières pour résister aux gaz, à l’humidité et au gras. Dans la foulée, l’entreprise est même prête à revoir certains de ses standards, comme la sacro-sainte transparence des films plastiques. Une décision audacieuse, compte tenu des habitudes de consommation.

Une cellulose aussi polyvalente que le plastique ?

Parmi les nombreuses solutions proposées lors du programme, la cellulose s’affirme bel et bien comme le favori pour s’imposer face aux polymères d’origine fossile. Un biais qui a peut-être à voir avec les anciennes fonctions de Géraldine Poivert à la tête d’Ecofolio, l’ancien éco-organisme chargé du recyclage des papiers-cartons (absorbé depuis par Citeo).
« On avait une idée de ce qu’elle permettait de faire. Mais je ne savais pas qu’on était aussi avancé.Travailler à la fois sur la structure, les barrières, le « coating », je ne pensais pas que c’était prêt », reconnaît Fabien Guyot, directeur packaging du groupe LSDH (Laiterie de Saint-Denis de l’Hôtel). Présent sur le secteur des liquides et des salades, l’industriel a fait le choix de se tourner vers cette matière organique pour imaginer le futur de ses emballages de salade. Le groupe a sélectionné quatre entreprises et s’est engagé à réaliser cinq pilotes.

Envisager la rupture

« Nous visons la suppression purement et simplement du plastique », affirme Jean-Thibault Geerts en charge de la prospective de la RSE et des systèmes d’informations de LSDH. « Nous ne voulons pas nous limiter à la réduction ou à l’intégration d’un pourcentage de matière recyclée ». Grâce à (RE)SET, le groupe, qui pèse plus de 850 millions d’euros de chiffre d’affaires, vise trois type de solutions. « La première consistera à remplacer un matériau par un autre sans changer nos équipements. Une seconde nous obligera à les adapter. Une dernière sera un projet de grande envergure, où nous investirons pour apporter une solution de rupture », confie Jean-Thibault Geerts.

4 mois pour changer d’échelle

Comme pour les autres industriels présents, dont Schreiber (fournisseur de yaourts, fromages frais et desserts lactés en MDD pour Système U), le fabricant de chips Altho ou encore le producteur de compotes Charles et Alice, l’objectif est d’aller vite. Un impératif que le programme (RE)SET a bien intégré, puisque ces 25 pilotes devront impérativement être réalisés début février au plus tard. La société de conseil s’y est engagée en imposant l’agenda. « Après avoir sourcé les innovations, permi les rencontres, avoir établi les diagnostics, nous allons assurer la coordination de ces prototypages industriels », indique Géraldine Poivert. « Entre les réglementations à venir et la prise de conscience de la société, il y a urgence à remplacer le plastique ».

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